Eliott Jénicot ne joue pas, il est le facteur Cheval
Charleroi Interview : Aurélie Moreau
Le comédien originaire de Charleroi, qui réside à Paris, sera sur les planches du centre culturel de Dinant, ce mardi soir. Il incarne Ferdinand Cheval. Un facteur qui, durant 33 ans (de 1879 et 1912) a construit pierre par pierre, de ses mains, son « palais idéal » à Hauterives, dans la Drôme. Une histoire vraie, bouleversante.
Lorsqu’on pense à Eliott Jénicot, on se souvient de cette époustouflante prestation en 2016 au Festival du rire de Rochefort. Un moment d’une rare intensité, lors duquel le Carolo d’origine, installé depuis une dizaine d’années à Paris, réinterprétait de façon magistrale les mots d’un certain Raymond Devos. L’ex-pensionnaire de la Comédie-Française qui a repris depuis peu sa liberté artistique, connu par beaucoup sous le simple prénom d’Eliott (il était clown dans une autre vie), ne fait rien à moitié. Atypique, le comédien a la réputation de vivre ses rôles on ne peut plus à fond. Cette fois, il est Ferdinand Cheval, un facteur qui a suivi son rêve, et qu’on a pris pour un fou. Rencontre.
« Il venait de rien, comme moi qui vient de rien au niveau artistique. Comme lui, mon rêve s’est construit petit à petit. »
Eliott Jenicot, comment est né ce rôle pour vous ?
Le spectacle est né à Avignon l’an dernier. Au départ, ce n’est pas moi qui devais jouer, mais Pierre Pigeolet. Le comédien est tombé malade un mois avant la première représentation. Le metteur en scène, Alain Leempoel, qui m’avait déjà vu jouer, a pensé à moi pour le remplacer au pied levé. J’ai eu… trois semaines pour apprendre le rôle.
Un sacré défi…
On a reporté de 2 ou 3 jours la date de la première à Avignon. J’avais des choses prévues, que j’ai annulées ou reportées. Ça a été une immersion totale, des heures de travail. Une belle tournée s’est montée ensuite. D’abord en plein air (il est passé par le château de Bioul), avant les centres culturels (il était à Cijamais ney voilà peu). On arrive tout doucement à la fin de la saison. Mais je pense que l’histoire est loin d’être finie. Car c’est un spectacle très porteur, qui touche un large public. C’est une histoire d’homme passionnante. Et le texte de Nadine Monfils est magnifique.
C’est un seul-en-scène ?
C’est un monologue, mais on est deux sur scène. Il y a celui qui parle, qui fait vivre le personnage, qui incarne le côté spirituel. Et celui qui représente l’homme qui travaille. Je suis accompagné sur scène de Philippe Doutrelepont, un artiste plasticien.
Comment incarne-t-on un personnage ?
tel
Comme il n’existe pas de trace visuelle et auditive du facteur Cheval, mis à part quelques photos et un film
que je n’ai pas vu (sorti en 2018), je me suis inspiré de ce que je voyais de lui. Il m’a fait penser à mon grand-père qui travaillait beaucoup. J’ai imaginé une voix rocailleuse. Je me suis cassé la voix pour ce personnage que j’ai inventé. Ferdinand Cheval était un personnage solitaire, autiste, on le prenait pour un dingue, un dérangé. Il a construit son palais idéal à Hauterives (Drôme, France) en 33 ans, avant de construire son tombeau au cimetière de la paroisse. Il est décédé à 88 balais. C’était quelqu’un de silencieux. Tout ce qu’il n’a
dit, on le dit sur scène.
Vous avez eu l’occasion de visiter le palais ?
J’ai commencé à jouer le spectacle en juillet 2022, mais je suis seulement allé le visiter en novembre, comme je jouais dans la région. Je suis allé voir mon palais… et mon tombeau (rires). C’était très émouvant.
Il vous parle ce personnage ?
Ça me parle beaucoup car, comme lui, je n’ai pas la formation au départ. Ferdinand Cheval venait de rien, comme moi au niveau artistique. Je n’avais pas été cultivé à la musique classique, au théâtre. Je regardais la télé, point barre. Le facteur cheval n’était pas sculpteur, maçon ou architecte de formation. Mais il a été tout ça à la fois. C’est un autodidacte. Comme lui, mon rêve s’est construit petit à petit. Ferdinand Cheval a buté un jour sur une pierre… et il est parti dans son délire. Moi-même, j’ai un jour rêvé d’être artiste. J’ai commencé dans la rue, n’ayant pas de formation (NDLR : Eliott Jénicot est éducateur au départ. Il a suivi ses études à l’Institut Sainte-Marie Châtelet où il a été « piqué par le
virus du théâtre » grâce au cours de technique d’expression). J’ai été très touché par cette histoire qui est celle d’un homme de la vie de tous les jours, qui a vécu des malheurs, et qui rêvait grand. D’ailleurs, sur scène, je ne raconte pas l’histoire, je la vis. Comme lui, j’ai envie d’aller le plus haut et le plus loin, pas pour être le plus célèbre, mais pour bousculer les choses.
Vous vous donnez toujours à fond sur scène...
C’est ce qu’on devrait tous faire en principe. Car c’est un acte de générosité d’être sur scène. On amène les gens dans un univers, pour les divertir, les bousculer. Si ce n’est pas incarné, il vaut mieux faire des conférences, ou du coaching. Je suis influencé par les grands rockeurs, Freddie Mercury, David Bowie, qui avaient une générosité énorme. Ils chantaient, mais pas que. Sur scène, tu mets ta vie en danger. Être acteur, c’est un don de soi.
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Le Facteur Cheval ou le rêve d’un fou, ce mardi soir au centre culturel de Dinant. Il reste quelques places (19€ tarif plein, 17€ tarif réduit). www.ccdinant.be
PAYS DE CHARLEROI
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2023-10-17T07:00:00.0000000Z
2023-10-17T07:00:00.0000000Z
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Les Editions de l'Avenir S.A.